La Conspiration dépressionniste

Urbanisme de passage

16 Aoû 2010


« L’espace urbain a quelque chose de totalitaire. Aucune autre forme d’expression humaine n’a d’influence aussi déterminante sur l’humain lui-même que celle-ci. Nous sommes littéralement condamnés, pour le meilleur ou pour le pire, au décor que nous avons aménagé. Rien à voir avec les formes symboliques des beaux-arts ou de l’écriture, qui sont fréquentées sur demande, voire le plus souvent ignorées ; idem pour les médias, même les plus envahissants, qu’on peut faire taire en appuyant sur un simple bouton. L’architecture et l’urbanisme, qui participent des deux, sont pourtant incontournables. L’organisation de la vie moderne impose à l’homme d’aujourd’hui chaque jour le même parcours, et il revoit les mêmes bâtiments dans le même ordre. On conçoit qu’en ces conditions, il vaudrait mieux penser savamment le territoire et le bâti avant de faire des appels d’offre et d’octroyer des contrats. Manifestement, ce n’est pas toujours le cas. »

- Poétique du boulevard Hamel, « Québec, ville dépressionniste »


« Vingt-six secondes. C'est le temps qu'on nous donne pour traverser les huit voies du boulevard Laurier à l'angle de la route de l'Église, avenue rendue célèbre pour l'immense Hôtel de Ville dont feue Andrée Boucher avait forcé la construction.

À moins de faire un peu de marche rapide, difficile de traverser le boulevard en si peu de temps. Et une fois à destination, on doit composer avec des trottoirs bien étroits que les voitures frôlent de près. «Pour les personnes âgées, c'est impossible», remarque Marie Demers, auteure du livre Pour une ville qui marche, paru en 2008.

Situé à la sortie des ponts, le secteur est de plus en plus achalandé aux heures de pointe. Cette année, la Ville a même dû intervenir pour empêcher les voitures de contourner le trafic en faisant de la vitesse dans les rues résidentielles avoisinantes. En plus des centres commerciaux et des hôtels, on y trouve un hôpital, des sièges sociaux et de nombreux édifices gouvernementaux. Pour un beau total de 30 000 emplois entre les ponts et l'université, observe Marie Demers. »

  Réinventer la ville; L'ardue traversée de la «pire intersection» de Québec, «Le Devoir », 14 août 2010.