La Conspiration dépressionniste

 

On vous l'avait bien dit - V

28 Avr 2006


Après l’enseignement et la recherche, l’Université Laval aimerait bien se lancer dans… la distribution alimentaire. En effet, l‘établissement planche en ce moment sur la création d’un «supermarché-école» en partenariat avec Sobeys Québec, qui chapeaute les enseignes IGA.[...]

Selon un document interne transmis de façon anonyme au Devoir, le projet se résume à la construction d‘«un véritable magasin d’alimentation, comparable par sa taille, son fonctionnement et son accessibilité au grand public à un magasin d’alimentation représentatif en Amérique du Nord, peut-on lire. Toutefois, il présentera des caractéristiques particulières de souplesse organisationnelle, de moyens de cueillette de données directement en magasin et d’accessibilité des professeurs, étudiants et groupes de recherche qui en feront une plate-forme dédiée à la formation».

Conçu pour «étudier le comportement du consommateur in situ», ce supermarché est présenté par l’administration universitaire comme «un lieu exceptionnel de stages, de formation pratique, d‘études de cas et de projets particuliers pour plusieurs étudiants», poursuit la note. Les programmes d’agroéconomie, de consommation, de nutrition mais aussi de sciences et technologies des aliments pourraient tirer profit de ces installations, le tout à travers une «programmation pédagogique planifiée par un comité composé de membres de l’Université Laval auxquels se joindront des représentants de Sobeys Québec». L’auteur du document évoque d’ailleurs, à titre d’exemple, des étudiants en nutrition donnant dans ce supermarché-école «des consultations pour l’alimentation des enfants, des personnes âgées ou des personnes ayant des problématiques [sic] particulières (allergies alimentaires, diabète, etc.)».

L’Université Laval s’associe à Sobeys, Le Devoir, 16 février 2006.

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Partons du principe suivant. Pour qu’une chose soit rentable, il faut qu’elle soit marchandable. Or, nous conviendrons que le domaine de la pensée n’a pas la plus haute cote sur le marché boursier ces temps-ci. Comment, dans ces conditions, réussir à vendre une institution de la connaissance ? Tout simplement en fusionnant la cité universitaire à un centre d’achat (Laval est au coeur d’une ville qui s’illustre déjà mondialement pour ses différents complexes commerciaux). Imaginons un campus totalement redessiné, à la fois à la hauteur des exigences de l’industrie des services et du ministère de l‘éducation et de sa célèbre philosophie de nivellement vers le bas. Une belle usine à main-d’oeuvre où consommation rimerait avec éducation. Un paradis perdu où chaque pavillon aurait sa spécialité et une double fonction. Envisageons quelques exemples :le Bonenfant pourrait être transformé en un immense Renaud Bray où l’univers du choix n’aurait d‘égal que la grandeur du portefeuille. Au Peps (qui pourrait porter le poétique nom de Peps-Pepsi), on construirait des manèges encore plus imposants qu’au West Edmonton Mall. Le DeKoninck, où règnent actuellement les pelleteux de nuages, deviendrait un beau stationnement intérieur pour accueillir les automobilistes du monde entier. On pourrait établir un zoo dans les résidences étudiantes, un Red light au Pub, un complexe cinématographique au Casault où le spectacle serait maître, et le Desjardins pourrait…rester comme tel! Pour couronner le tout, un petit train relierait chaque pavillon, empêchant ainsi le consommateur de s‘ébrécher les pieds.

Certains objecteront que le principe d‘éducation mixte (commercial-éducatif) est un frein à l’objectivité ou à l’enseignement désintéressé qui serait, toujours selon ces gens, les bases d’une saine démocratie. Moi, je dis au contraire que ce principe est beaucoup plus démocratique que l’ancien système. Imaginons un instant, un étudiant qui, dans sa pause, décide, pour passer le temps, d’aller consommer (donc d’utiliser sa LIBERTÉ) à l’un ou l’autre des complexes ayant pignon sur rue sur le campus universitaire. Il veut simplement se divertir ou s’amuser. Mais voilà qu‘à l’achat du film Prend-moé par tous les trous, on lui offre 3 heures de cours au choix. Par exemple : “La culture paysanne du roquefort sous Clovis 1er” (département d’histoire) ou “Les enzymes endimanchés s’endorment en dansant” (département de biologie) ou “L’application franquiste du code pénal” (département de droit), etc. Une merveilleuse façon de s’instruire en magasinant, et de façon totalement démocratique !

- Jasmin M. Allard, “Des solutions pour une petite planète”, Ludovica, septembre 2002.