La Conspiration dépressionniste

 

Ne pas disqualifier l'oeuvre comme telle

5 Mar 2005


Depuis quelques mois, la rumeur courait: des livres contre Bernard-Henri Lévy étaient en préparation et leur publication risquait d‘ébranler la superbe du philosophe poseur. Il s’agissait, dans un cas, d’une biographie signée par le journaliste Philippe Cohen, coauteur de La Face cachée du monde, et, dans l’autre, d’une enquête sur l’oeuvre signée Jade Lindgaard, journaliste aux Inrockuptibles, et Xavier de La Porte, producteur à France-Culture. Inutile de dire qu’admirateurs et contempteurs étaient impatients de les lire.

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Comment BHL s’en sort-il? À la fois bien et mal. Bien, dans la mesure où la critique de son aura médiatique, quoi qu’en pensent ses adversaires, ne remet pas en cause les qualités de son oeuvre. Que BHL soit très riche (surtout en tant qu’héritier d’une fortune familiale), qu’il ait des amis puissants, autant dans le monde politique que dans celui des affaires, qu’il entretienne un réseau médiatique, qu’il soit «people», qu’il soit le mari d’Arielle Dombasle et le père de Justine Lévy, tout cela, en effet, ne devrait pas affecter notre jugement sur l’oeuvre.

Bien sûr, son amitié avec feu Jean-Luc Lagardère, magnat de l‘édition et actionnaire dans l’industrie de l’armement, entache sa posture de défenseur des damnés de la terre et on peut, comme c’est mon cas, ne pas se reconnaître dans un intello bourgeois qui a sa domesticité, majordome sri-lankais et chauffeur y compris. Ses réflexes de classe, qui ne sont pas les miens, le portent souvent à défendre les grands capitalistes et peuvent choquer quand ils le mènent à «opposer le combat pour les principes démocratiques, la noble politique, à la question des inégalités sociales». À la limite, toutefois, ils ne suffisent pas à vraiment disqualifier l’oeuvre comme telle.

[Louis Cornellier, Le Devoir, cahier Livres, samedi 12 mars 2005]