La Conspiration dépressionniste

 

de brillants lamentos situationnistes

15 Jan 2005


« J‘écoute Virginie systématiquement depuis plusieurs années. J’ai eu parfois le goût d’abandonner, quand la sauce s‘étirait et que le remplissage prenait le dessus. Par fidélité, pourtant, j’ai persisté et, toujours, Fabienne Larouche a fini par me donner raison: Virginie mérite qu’on l‘écoute.

Les téléromans, prétendent, souvent avec raison, les esprits chagrins, seraient des déserts culturels. Virginie, à cet égard, fait figure d’exception. Par l’entremise du fascinant personnage de Pierre Lacaille (Jici Lauzon), les téléspectateurs ont pu entendre de savoureuses et informées envolées marxistes sur les origines sociales de l’injustice économique et culturelle, de brillants lamentos situationnistes (le gars lit Guy Debord) au sujet de la marchandisation du monde et des réflexions sur les liens entre totalitarisme et langage (un de ses élèves, soi-disant fan d’Hitler mais juif, s’amuse à déployer un habile discours d’extrême droite pour mettre au jour la fragilité argumentative d’une rectitude politique indolente). Quand une de ses multiples maîtresses lui apprendra qu’elle est enceinte de lui, le cynique à la superbe ébranlée écoutera Madame Adrienne, une chanson sur la beauté de la discrétion tirée du plus récent album de Gilles Vigneault, pour se remettre les idées en place. La mère, plus tard, deviendra hystérique et lui, plutôt mesquin, mais on peut présumer que rien n’est perdu.»

[Louis Cornellier, Le Devoir, CULTURE, samedi 15 janvier 2005, p. E2]