La Conspiration dépressionniste

 

4. Les constats

6 Aoû 2005


L’impression générale qui se dégage d’une visite du campus de l’Université Laval peut se résumer ainsi :

a) Le campus semble inachevé

Réalisé à partir du plan-concept conçu par l’urbaniste Édouard Fiset en 1952, le campus de l’Université Laval demeure inachevé car bon nombre des propositions et recommandations de Fiset n’ont pas été réalisées. De plus, aucun aménagement paysager digne de ce nom ne vient unir les bâtiments, soutenir et affirmer la composition générale de l’espace.

b) Le campus semble éparpillé

Malgré une certaine concentration de bâtiments localisés au centre du campus et qui semblent dialoguer entre eux, on note un grand nombre de bâtiments isolés à la périphérie qui ne donnent pas l’impression de faire partie de l’ensemble. Le grand nombre de stationnements de surface et leur disposition ajoutent à cette impression d‘éparpillement et de gaspillage de l’espace. De toute évidence, l‘échelle du campus pose problème.

c) Le campus semble à l’abandon

Cela est perceptible sur certains murets de pierre qui tombent littéralement en ruine ou sur certains aménagements paysagers qui sont devenus l’ombre d’eux-mêmes faute d’entretien. Les interventions récentes donnent également l’impression de l’absence de plan directeur et de vision d’ensemble cohérente.

d) Le campus semble froid et austère

L’absence d’humanité est ce qui caractérise sans doute le plus le campus de l’Université Laval. Triste et déprimant le jour, lugubre le soir, le campus actuel ressemble davantage à un complexe industriel froid et sans âme. L’université d’aujourd’hui devrait être un lieu identitaire d’apprentissage et de vie, un lieu de fierté nationale, un lieu d’attachement, un lieu de savoir mais surtout un lieu de conscience.

Sur un plan plus spécifique, les points suivants confirment et renforcent les impressions citées plus haut :

- Une absence de correspondance entre la structure porteuse de l’organisation spatiale du campus (le plan Fiset) et les équipements liés à la vie sociale qui s’en voit marginalisés;
– Une absence de lieu de convergence, alors que les fonctions de rencontre sont dispersées au quatre coins du campus;
– Des bâtiments certes de bonne facture mais anonymes, sans identité et repliés sur eux-mêmes, sans rapport entre eux ni homogénéité;
– Son ampleur et ses dimensions monumentales sans commune mesure avec l‘échelle humaine;
– Une trop grande ségrégation des fonctions qui le composent et qui semblent se repousser les unes les autres;
– Une absence ou la médiocrité de l’aménagement de ses espaces publics;
– Un réseau viaire désuet qui permet la circulation fonctionnelle des véhicules mais ne permet pas la découverte cohérente du campus;
– Une prolifération désordonnée de stationnements de surface qui occupent des lieux stratégiques sur le campus;
– Des boisés remarquables laissés à eux-même et dont la protection et la mise en valeur ne sont pas assurées;
– Des réseaux piétons souterrains complexes et dissociés des réseaux de surface;
– L’absence de lieu d’accueil pour le visiteur;
– La présence sur le campus de bâtiments incongrus de type résidentiel sans réel rapport avec l’aménagement d’un campus universitaire monumental;
– Une raréfaction des éléments d’art et de commémoration à l’intérieur des bâtiments et des aménagements paysagers du campus;
– Le peu de perméabilité du campus avec le milieu urbain environnant.

Rien n’est véritablement porteur de messages humanitaires ou sociétaux sur le campus. Rien qui puisse encourager l‘étudiant à participer à la vie sociale de sa communauté. De toute évidence, le campus de l’Université Laval n’est pas un lieu de vie.

[Extrait du mémoire déposé par la Commission de la Capitale Nationale aux audiences de la Commission de réaménagement de l’Université Laval]