La Conspiration dépressionniste

Une autre lettre (non-publiée) à Impact Campus

19 Fév 2005


L’UNDERGROUNDLAS VEGAS – LA POLICE – LE GLUTAMATE MONOSODIQUEDENISE BOMBARDIERUNE LEÇON D‘ÉCONOMIELES YOUTH HOSTELS – LE KRANADALES CHAMPIONS – LE SAVOIR UNIVERSITAIREDADALES CARRIÈRES DE LA RÉVOLUTION – LA MADAME QUI TRAVAILLE À LA CAFÉTÉRIACOMMENT DEVENIR UN PION DANS L’INDUSTRIE DE LA CONVERGENCE & BIEN PLUS ENCORE

LA CONSPIRATIONPRESSIONNISTE – C’EST PLUS FORT QUE TU PENSES

Qui l’eût crû, Lustucru? Le troisième numéro de La Conspiration Dépressionniste, une revue qui se cantonne « plus dans une analyse néo-marxiste du modèle économique néolibéral que dans une critique constructive et/ou “déconstructive” d’une société décadente, gouvernée et détruite par une élite, les méchants capitalistes de la convergence », ainsi qu’on pouvait le lire dans un texte désormais fameux d’Impact campus (mars 2004), vient d’arriver sur les tablettes.

Que les facilités du langage ne vous abusent. Il y a au moins des tablettes sur lesquelles vous ne risquez pas de trouver notre précieuse revue : celles de Zone Université Laval. Ne pouvant compter sur les bons services des méchants capitalistes de la convergence pour la distribution, nous approchons nous-mêmes les rares libraires indépendants. Les gens de Zone ont accepté de prendre 10 copies de la revue, mais se sont ravisés lorsqu’ils ont découvert nos parodies de Jobboom annonçant la création de postes dans des domaines d’avenir, notamment ceux de la prostitution juvénile et de la révolution (et bientôt, au vu des politiques récentes, d’agent de recouvrement spécialisé dans les prêts étudiants). Et encore, ils n’ont pas lu les textes.

Il faut croire qu’ils n’ont pas lu non plus les ouvrages des philosophes tels Marx ou Adorno, des poètes comme Denis Vanier ou Allen Ginsberg, des oeuvres des surréalistes ou de l’Internationale Situationniste, qui sont tous librement en vente sur leurs rayons : pensez-vous, ce qu’ils pourraient y trouver? Comble de l’ironie, la même librairie annonce simultanément le “Gala de la Relève en or” qui récompense “les meilleures initiatives des groupes étudiants de l’Université Laval : médias étudiants, troupes de théâtre, groupes de génie, semaines thématiques, etc., tous auront leur place (sic)”. Le vainqueur se meritera un trophée nommé “Audacia”! La Conspiration Dépressionniste est d’emblée placée hors-concours ; on a les honneurs qu’on cherche.

À l’université, on tolère Sodexho-Marriott ; on tolère également que le pavillon de foresterie se nomme Abitibi-Price ; on n’a pas de sentiments particuliers envers la multiplication des machines à Pepsi et des agressions de Zoom Media. On s’accomode aussi du fait que l’entreprise privée commande littéralement des dîplomés sur mesure à l’institution publique, dont Jobboom fait chaque année la catalogue dans ses “Carrières d’avenir”. Ce qu’on ne tolère pas, par contre, c’est qu’on ironise sur la réification de l‘éducation et la niaiserie de nos codes culturels dans une revue tirée à 400 exemplaires sur du papier kraft. Ah, ça non.

Les esprits libres devront donc aller ailleurs pour s’informer des récents développement de la conspiration dépressionniste. « C’est plus fort que tu penses » n’ont cesse de dire ceux qui la combattent. Imaginez, après la convergence, les coopératives.

 

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