La Conspiration dépressionniste

Encore un effort

16 Avr 2005


La diffusion de l‘émission Zone Libre sur le « Québec laid » a causé quelque émoi dans les rangs de La conspiration dépressionniste. En effet, on pouvait lire sur le site de Radio-Canada le descriptif suivant :

« Le Québec n’est pas toujours montrable! Au fil des ans, son territoire a été grandement enlaidi par l’activité humaine. Et des citoyens en ont assez et n’acceptent plus qu’on construise n’importe quoi, n’importe où, n’importe comment. L‘équipe de Zone libre a parcouru le Québec et a rencontré des gens qui veulent changer les choses et qui proposent des solutions. Un sondage, effectué avec Léger Marketing, dressera un palmarès des constructions les plus laides au Québec. »

Des citoyens confrontent l’architecte de l’immonde magasin Ameublements Tanguay de Québec ; les résidents de Saint-Raymond de Portneuf ont à choisir entre la sauvegarde d’une maison patrimoniale et l’implantation d’une épicerie au centre-ville ; une rencontre avec un fabricant de maisons pré-usinées ; la chaîne Maxi explique pourquoi ses magasins doivent avoir l’air cheap ; la violence sémiotique des autoroutes et le déchirement du tissu urbain ; et un palmarès des édifices à démolir…

Diable! Les thèses dépressionnistes auraient-elles trouvé un écho jusque dans la société d‘État? Serions-nous à ce point dans l’air du temps? Ou alors l’aurions-nous influencé au-delà de nos espérances? Parlera-t-on bientôt du dépressionnisme dans la presse bourgeoise comme d’un fait accompli, banalisé au même titre que le surréalisme ou le « situationnisme », sans même se référer à notre glorieuse revue? Bref, serions-nous récupérés?

Rassurons-nous, ce n‘était que de la télévision : tout est resté dans le strict registre de la superficialité. Les journalistes sont sagement demeurés au seuil des portes qu’ils ont ouvertes. Les débats sur l’architecture n’ont guère dépassé les préférences de goût et les confrontations celles du « droit à l’opinion » :

 

- C’est laid!
– Moi je trouve pas
– ...

 

Etc. Il y a quelque chose de désespérant à voir quelqu’un mettre la table pour ensuite refuser d’y manger. Seulement, quand on s’attaque aux effets, il faut remonter aux sources. Faut-il le rappeler, l’architecture, l’urbanisme et l’aménagement du territoire n’intéressent La conspiration dépressionniste qu‘à titre de révélateurs d’une culture qu’il faut abattre toute entière. Il y a une étroite corrélation entre le magasin Tanguay, l’autoroute qui y mène, la défiguration du paysage et du tissu urbain, l’usage de l’automobile, la pollution par le bruit le et gaz, la consommation à crédit (douze mois sans intérêts!) et la nécessité de travailler pour payer, tous des facteurs anxiogènes dont le brave citoyen se console le soir en écoutant des émissions de télés qui restent, conséquemment, divertissantes.

Une réflexion de ce type doit aller au bout de son raisonnement et ne pas rester au stade de la question de goût. Quand l’architecte d’Ameublements Tanguay soutient que sa bâtisse est peut-être obscène, mais qu’au moins elle fait vendre, ce n’est pas un contre-argument, mais une pièce à charge. Si, inspiré par cette belle réflexion, il poursuit sur sa lancée et va jusqu‘à dire que son « oeuvre » reflète notre « identité », il faut répliquer que ses clients sont des porcs et qu’ils sont aussi cons qu’ils sont nombreux.

Ce n’est pas tout de réglementer l’affichage public, mais il faut se demander comment et pourquoi nous en sommes arrivés là ; ce n’est certainement pas l’ancienne mairesse de Sainte-Foy qui va répondre à la question.

Ce n’est pas tout de dire que les maisons pré-usinées sont laides mais que ses matériaux sont moins chers ; encore faut-il plaider pour l’appropriation des moyens de production.

Ce n’est pas tout de sauvegarder le patrimoine, encore faut-il en avoir l’usage. Sa mise en valeur pour l‘édification de « notre mémoire » et l’agrément des touristes a un nom : réification.

Ce n’est pas tout de faire un palmarès des édifices à démolir, encore faut-il passer à l’action. Il semble qu’il en coûterait 500 millions pour détruire le stade olympique. Ben voyons. Donnez une semaine aux dépressionnistes.