Mon amour pour la vie est sans bornes · 15.12.04


« On en a vu des choses, mais pas des belles comme ça! » Sur ce ton superbe débute à peu près le second incunable d’Évariste Rumaniès, pénultième hérésiarque sous l’égide augural d’Andrinople Marsais. Selon celui-là, la polémique concernant la consubstantialité du père et du fils devait avoir comme corollaire celle, imprécise, de l’artiste et de l’oeuvre. Puisant ensuite dans l’esthétique péripatéticienne l’idée même de la catharsis projetée, Rumaniès alléguait qu’en détruisant son oeuvre, l’artiste accomplissait lui-même du coup l’autonomie gratuite de Dieu, c’est-à-dire la destruction non-appelée d’un être aléatoire et stochastique; bref, l’artiste était celui qui se suicide par ressentiment. Plusieurs siècles plus tard, un groupuscule d’artistes montera un formidable canular fondé, sous ordonnance, sur la même prodigieuse intuition onto-théologique :

lumières,
drumroll…
trrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr…
DADA !!

Actualiser une théorie vétuste, c’est en même temps accuser son époque de carence spéculative. Quiconque tente l’expérience confronte l’ipséité et tombe dans l’aporie d’une casuistique exponentielle. Dada est-il le fils de son père? Pourquoi Dada? Dada nous beaucoup trop aimer trop beaucoup? Dans Anna dégoulinait Anatole, dromadaire ahuri doutant accalmie, donne amie donne amour dulcinée avanie donne…



Principaux aspects et éléments constitutifs de la transmutation Dada

Qu’est-ce qui, en 1916 à Zurich, peut bien avoir incité une poignée d’aficionados mal toqués, quoique emblématiquement repus, à s’associer pour canaliser leurs forces et ambitions en un cénacle impavide et brandi? Est-ce du rêve la leste magie qui porte, en pied, son catéchumène à planer grommellement au-delà le mien et la bale? Quel souffle fougue anime tordue cette engeance des temps crapuleux? Que se le sache mire obus, la cane de l’argot : « le but est de créer un centre de divertissement artistique ». Cette allusion au divertissement n’est pas du tout fortuite; loin de là, car dans le texte d’Hugo Ball La fuite hors du temps elle revient comme l’idée de l’éternel retour chez celui qui trop aimait les chevaux, ou encore comme une métempsycose au numéro sept Eccles Street : « Notre tentative de divertir le public[…] ». Suivant la méthode étymologique, ces ô combien recherchées allusions au divertissement nous deviennent heureusement intelligibles (ici pléonasme ou oxymoron?) ; il ne s’agit pas tout bonnement d’amuser, d’égayer, de réjouir, mais bien plutôt de détourner – détourner le public de son époque, dont le propre était justement la destruction de « tout ce qui est généreux », époque de « l’agonie et […] la fascination de la mort ».

M. Futuriste et M. Passéiste sont deux connivents souffrant d’un même complexe qui consiste en une antipathie profonde pour leur contemporanéité. D’aucuns naissent anachroniques, dirait sûrement Milarepa aujourd’hui. Ce phénomène assez répandu après hier et avant demain était particulièrement prononcé en 1916. Heureusement nos amis zurichois décidèrent de transmuter leur traumatisme en force contestataire, de réagir face à une époque où les décombres humains pullulaient les catafalques chantiers d’une guerre fratricide, où les autels de la fatuité inexorable de quelques bidons schizophrènes monomégamamaniaques se transformaient insatiablement en charniers colossaux; époque de parfaite déliquescence sensorielle, où le réaliste quotidien de l’homme n’était plus qu’un circulatoire delirium tremens catatonique, un loufoque carnage aphasique et tout au plus insipide; époque où l’ultime sensibilité en était une de pure violence qui, ironiquement, relevait presque finalement de l’acte gratuit. Très vite ils fondèrent un Cabaret (le fameux Cabaret Voltaire ouvert dans l’Auberge de la Meirei, propriété de Mr. Ephraïm Jan, celui même qui aujourd’hui encore ébahit la gente menue par le lapinisme de ses héroïques prouesses filiformes et qu’on nomme, sans doute sans facéties, le gentil papa des gentils enfants) dont le but était « de rappeler qu’il y a au-delà de la guerre et des patries, des hommes indépendants qui vivent d’autres idéaux ». Lieu communal où il serait possible d’afficher son refus catégorique, sinon symptomatique, de l’époque; refus qui se reconnaissait par une résistance devant l’empiètement de la sphère publique sur celle privée. Pour Dad’a naître, bref, la guerre [1] c’était méchantpasgentil, et légions furent les dadaïstes déserteurs démobilisés réfugiés pacifistes et le reste itou merci énormément beaucoup j’enaidéjàtropdit amen…

Mais encore pire que la guerre, c’est une culture qui prépare, tolère et, par là même, appelle le terrain d’une telle guerre. L’autre jour, en revenant d’un lupanar à moitié prix (c’était la soirée de l’action de grâce, et j’ai dit huit fois merci place Monto chez l’excellente mademoiselle Bella Cohen), j’entendis un abstème postillon dipsomane qui soliloquait ainsi devant le miroir fêlé de sa propre réminiscence :

« Ah oui, c’est symboliquement beau du Chopin! Oh, rien comme un tableau de l’immortel Renoir, une page de l’immaculé Hugo, pour élever l’âme dans les sphères les plus sublimes de la noèse universelle cosmopolite maman-je-t’aime. Est incontestable la valeur didactique et caritative d’un art qui sensibilise l’homme en le confrontant – en le conscientisant – à l’altérité ineffable et ubiquiste par l’entremise du dialogue et de l’empathie; gober de l’art, disait machine, ça humanise ».

Aux antipodes d’un tel esthético-méliorisme, nous retrouvons Dada, c’est-à-dire la doctrine et non ses tenants, car nous savons désormais de par Duchamp Marcel lui-même que ces derniers n’existent pas; ils n’opèrent en effet que la besogne importune d’une matérialisation asymétrique d’après la parallaxe axée sur le prototype d’un auditoire mis en abîme. Mais revenons à nos pré-salés. Conscient de la dépravation éperdue de son époque, Dada accuse la culture d’une flagrante impuissance en plus d’une inefficacité aviagrarienne. Litterae nihil sanantes. Il faut aller voir ailleurs, faire autrement, repenser l’art, et surtout, espérer que cette réorganisation, voire transmutation, en appelle une autre, celle de la société.

La mission Dada nous étant désormais éclaircie, nous sommes en droit de nous demander quels moyens Dada va préconiser pour atteindre ses objectifs. Il s’agit avant tout de répondre au mensonge, celui par lequel on a transformé « la trahison faite à l’homme, l’exploitation abusive de l’âme et du corps des peuples, le massacre civilisé, en un triomphe du génie européen ». Pour se faire, Ball et ses copains (connaissant l’influence de Dada chez les situationnistes, cette expression inopinée rappelle le caractère prophétique de l’hymne dadaïste Les Copains Debord) iront puiser dans la source de l’acte créationniste une justification heuristique de leur existence; la magie. Dans le sens ou nous pourrions dénicher l’origine du fameux Ur, ce principe premier moteur, cette originalité qui originise, cette création ex nihilo, les dadaïstes vont loin, et nous dirons même très loin. Justement l’attribut qui suscite le plus l’intérêt d’Hugo Ball pour la magie, c’est son caractère immémorial. L’essence irrécupérable du geste magique prête à la folle du logis l’appât d’une inauguration catalytique; en son sein se déploie l’intrinsèque ornementation d’un autophagisme fécondant la semence d’une douce résignation face au fantasme prénatal du savoir-faire. Le culte des retrouvailles réciproquant Janco accaparé face à la contrition inavouée du Dada collectif. Comment s’en sortir? Par la manne du souverain verbalisme que j’explicite une foi pour doute à l’instant même.

À propos de l’allusion faite au Decay of Lying d’Oscar Wilde dans La fuite hors du temps, voici d’abord quelques mots. Quel est la fin du menteur? « Society sooner or later must return to its lost leader, the cultured and fascinating liar […] For the aim of the liar is simply to charm, to delight, to give pleasure ». Le menteur cherche avant tout à divertir, et souvenons-nous que semblablement le dadaïste cherchait à divertir, à détourner le public de son époque. Pour désavouer celle-ci, il suffisait donc de devenir mythomane, de réveiller les « penchants anti-réels de l’homme », car après tout, l’UR mensonge de l’histoire n’est nul autre que l’O-Aha, c’est-à-dire plus précisément que l’âme du monde nourrit le mensonge de la source qui est la source du mensonge portant sur le monde de l’âme en tant qu’âme du mensonge (c’est vrai, j’vous jure, parole d’honneur)…..C’est Kandinsky qui, dégoûté, détourne son regard vers l’intérieur, Sternheim qui adule l’odyssée primesautière du gastronome Napoléon, la réponse de Huelsenbeck à qu’est-ce que la culture allemande dans en avant dada, où encore mon oncques désire d’encourager l’adroite convalescence des conjonctures du méritoire…



Conclusion de la première partie: Mythomanie et anachronisme au service du révisionnisme dadaïste.



« Aussi longtemps que toute la ville ne sera pas soulevée par le ravissement, le Cabaret n’aura pas atteint son but ». Le lecteur émérite comprend ici la fulgurante métonymie qui utilise le terme ville pour représenter, voire évoquer, les citoyens constituants de cette ville; entendons-nous, une ville, ça n’existe pas, c’est un mot, et c’est Socrate, le redoutable égophobe, qui sublima astucieusement son moi dans le concept de ville, pour éviter le solipsisme et son inéluctable débouché grabataire. Mais revenons à nos ouailles; le susdit ravissement, du grec rapire, signifie saisir, mais peut et doit ici spécifiquement signifier beaucoup plus, surtout lorsque l’on considère que c’est justement par le soulèvement que se réalise ce ravissement. En effet, quiconque connaît – et nous disons bien connaître au sens Biblique du terme – le sens Biblique du terme ravir saisit immédiatement l’allusion à l’ascension de notre rédempteur l’épigé Saint Jésus Christ notre holistique ami celui de Nazareth le véritable premier précurseur avant garde de tous les petits dadaïstes gentils à venir; il s’agit « d’accéder au miracle »[2]. Eh quoi, comment? La mission de Dada se revêt d’un caractère sotériologique, en ceci qu’elle s’épuise, se martyrise[3], à arracher l’homme du registre du devenir qui est le principe premier de tout état de guerre (celle de 14-18, mais aussi celle que livre sur l’homme roturier Monsieur Dupond l’idéologie paralysante de la cohérence a priori centrifuge des paradigmes épistémologiques eidétiques), pour l’inscrire en un logos immuable, celui de l’avoir-dire en soi, du schéma bipolaire axiomatique selon l’interprétation kantienne du sujet comme renversement séquentiel de l’entéléchie atemporelle, bref, le monde du néant qui ne néantise pas.



Différentes étapes de la formation de DadaPortée et sens de chaque expérience zurichoise selon Hugo Ball



Entre février et juillet 1916, Zurich est la scène d’une foisonnement avant-gardiste comme en ont fort probablement déjà vu les annales de l’édifiante histoire anthropoïde (je pense aux innovations de Laloupe Champy en 1342 dans le domaine du tétanisant pataonanisme, forme sublimée de l’accouplement par contumace du même et de l’autre, à celles de Nougé Malirole chez les argousins thaumaturges lacérés en 1548, et surtout à celles séculaires de Tétripoune Donalénume durant l’effervescence rectiligne de la période dite très sentencieusement Zénithale). De cette période nous retiendrons 4 événements, ou si l’on préfère 4 théories qui offriront une praxis aux dadaïstes, qui constituent, par l’ampleur de leur portée, des étapes incontournables dans la formation de ce qu’il serait incongru de nommer la pensée Dada.

1. Internationalisation des rapports sociaux. Inutile d’insister longuement sur cette première facette de Dada Zurich. Le Komintern des arts et de la culture s’est manifesté au Cabaret Voltaire de par l’hétérogénéité des membres de Dada (Roumains, Français, Allemands, etc.) et de par leurs soirées à thèmes (on pense avec un pincement au coeur à ce que dut être cette horoshow Soirée russe du 4 mars, ou encore à celle vachement dingue française du 14 mars). Marx espérait détruire la notion bourgeoise de conscience nationale en lui substituant celle, révolutionnaire, d’internationalisme prolétarien. Et s’il est important de noter aujourd’hui qu’en effet Marx ne s’était pas du tout fourvoyé dans sa lecture du devenir historique (la faute incombe plutôt au prolétaire dyslexique, celui-ci ayant compris : Prolétaires du monde entier, usinez-vous.), il faut néanmoins lui reprocher d’avoir réduit l’homme à sa composante économique. Dada retenait l’internationalisme, mais rappelait au monde que l’homme n’était pas un faire humain, qu’il baisait, jouissait, rigolait, s’enivrait, s’emmerdait, dialoguait, découvrait, oubliait, qu’enfin ses rapports sociaux n’étaient pas exclusivement économiques, et qu’ainsi une pluralité de perspectives ouverte sur son être ne pouvait qu’enrichir le souvenir qu’il garderait de ce galvaudé pèlerinage terrestre : « Le dadaïste[…] ne croit pas qu’il soit encore possible de saisir et de comprendre les choses à partir d’un seul point de vue… ».

2. Le masque comme thérapeutique anonymante. Le 24 mai 1916, un épisode allait s’actualiser (Hélas inutile, quoi qu’on en fasse ou en veuille, la nomenclature pérenne du pérenne Stagirite ne saurait nous éluder) au Cabaret Voltaire qui devait par la suite s’avérer précurseur des contenances actuelles : la légendaire affaire des masques de Marcel Janco. Pour Ball, ces masques possédaient «une force motrice» capable d’exiger chez le porteur certains agissements inouïs, donc refoulés. Sous la plume de Ball, en effet, ces masques s’animent presque d’une volonté autonome, ils s’anthropomorphisent, ils dictent, ils appellent. On serait tenté de répondre à Ball que le masque est un objet inanimé et qu’ainsi la force motrice n’est pas conférée à l’homme par son biais; la force motrice est plutôt le produit du couvert de l’anonymat que l’homme ressent après s’être masqué. C’est un phénomène psychologique, genre quand le chat dort les souris festoient; le porteur rompt d’avec un moi unitaire pour voir sourdre la totalité de ses mois fragmentaires et antinomiques, il témoigne de l’effondrement tant souhaité, depuis Socrate jusqu’à Bouddha, de l’ego insupportable car insoutenable.

3. Le poème simultan. Hoirs prioritaires du futuriste italien Filippo Tommaso Marinetti, le trio Huelsenbeck – Janco – Tzara récite au Cabaret Voltaire, le 30 mars 1916, le poème simultan L’amiral se cherche une Maison à louer, première représentation scénique d’une telle poésie. Selon Ball, le poème simultan « s’interroge sur la valeur de la voix […] Le poème veut montrer que l’homme est inextricablement lié au processus mécanique ». Ainsi en juxtaposant des voix humaines sur fonds de bruits cacophoniques, avec résultat l’imbroglio muselé de l’absolue résipiscence, le poème simultan réussit à dévoiler l’échec de cette voix qui tente de s’arracher du processus mécanique. La messe Missa Papae Marcelli du compositeur Giovanni Pierluigi da Palestrina est l’apodictique précurseur du poème simultan. Les puristes au Concile de Trente en 1551 tentèrent d’épurer la musique en interdisant la polyphonie ébauchée dans cette messe. Celle-ci portait à inintelligibilité et confusion, l’auditeur ne saisissait plus la portée des paroles puisqu’il y retrouvait prédominance de la forme. Palestrina eut raison, car aujourd’hui tout est pluralité de voix, superpositions et jeux de machines, dit Dada, et le mouvement atomique et le mouvement sidéral, qui ne sont que mouvements mécaniques, et la frêle éreintée vox humana clemens in disputando de même. Pour notre part mentionnons simplement le proustien regret d’une époque où, aux côtés d’alanguies soeurs lancinantes, nous nous égosillions simultanément ainsi:

Frère Jacques, frère Jacques, Dormez vous, Dormez vous Sonnez les matines, Sonnez… Frère Jacques, Frère Jacques Dormez vous, Dormez… Frère Jacques, Frère ….

4. La langue asémantique. « La pensée flagrante et décisive de ce que le mot était jusqu’à présent aux fers est sa soumission au sens. On a affirmé jusqu’à ce jour : la pensée dicte les lois au mot et non le contraire. Nous avons signalé cette erreur et offert une langue libre, transrationnelle et universelle[…] LE MOTPASSE LE SENS ». Le poème sonore récité par Ball le 23 juin 1916, manifeste une méfiance envers l’utilisation sémantique du logos; l’idée du mot colporteur de sens en tant que signifiant du signifié faisait vieux jeu à une époque où les actualités refusaient elles-mêmes d’en colporter un. Si à l’origine la formation du mot s ’accomplit à partir d’onomatopées, quiconque recherche à imiter le magicien du verbe sapiential doit imiter les sons de sa propre époque. En 1916 les sons familiers sont ceux d’une incommensurable détresse. Et en plus, puisque le mot est le médium du concept, il commet nécessairement acte de violence à l’égard du particulier lorsqu’il ne reconnaît pas la spécificité de celui-ci. «Pourquoi l’arbre ne peut-il pas s’appeler Plouplouche et Plouploubache quand il a plu?». Parce que nous sommes finalement épuisés de perpétuer un jeu qui décidément ne vaut plus la chandelle, parce qu’on ne peut plus revenir au vive vive la logopathie chouette temps d’avant Finnegansda Dawake, parce qu’Aleph Beth Ghimel Daleth savourneen deelish Pandemos; que soit enfin exaucé soif à nous d’expédient l’échappatoire; mézigue tézigue bénit catatou la glossolalie pour ou noui…nuit…Tantumer gosa cramen tum…



Conclusion de la seconde partie, où il est tacitement question d’Évariste Rumaniès.



O serpentine corde exauce-moi … Nous savons aujourd’hui, grâce aux monumentales peines exégétiques ayant harcelé le marin de seconde Maurice Pontien, que telles furent à peu près les dernières paroles de Marcel Janco, homonyme du peintre notoire, retrouvé sans vie un opalescent matin du vingt et six janvier mille huit cents cinquante et cinq, près du Châtelet rue de la Vieille Lanterne, et portant sans façon la splendide cravate de chanvre héritée. Qu’est-ce que ça veut dire? « C’est terriblement simple ». Lord Byron eut une fille envers laquelle son patronyme incestueux n’osa souiller le compacte renom…Elle fut nommée Ada, et d’Ada on retient l’ardeur, d’où le titre du roman de Nabokov, d’où l’immense et conciliant non-sens de l’entreprise, de sa réussite et de son échec, de sa posthume mort et résurrection natale. Dada, bref et ergo, is a tale

Told by an idiot, full of sound and fury
Signifying nothing.




[1] La guerre aura su retenir dans cette étude notre attention particulière étant donné l’ampleur de sa portée sur plusieurs aspects de l’époque. Il va sans dire que Dada se révolte contre multiples facettes de son époque; l’esprit de l’homme capté par une réalité matérielle qu’il a lui-même créée; époque, paradoxalement, de l’apathie sociale et émotive, où un orgueil isolationniste n’est pas incompatible avec une outrecuidance ostentatoire; époque de la volition standardisée, où le consumérisme (fatalisme économique, selon l’expression d’Hugo Ball) et l’urbanisme commencent inéluctablement à déterminer le devenir de l’histoire…

[2] Ball, p. 138. Nous y retrouvons aussi le curieux passage que voici (dans un texte apocryphe publié aux éditions Étrenne ouille et très nouilles publiés en 1928, il est avancé par un certain Humbert Humbert qu’à l’époque Hugo Ball aurait voué un véritable culte à l’égard du compositeur Berlioz, et surtout pour son oratorio L’Enfance du Christ) : « Il existe une secte gnostique dont les adeptes ont été si abasourdis par l’image de l’enfance du Christ, qu’ils se couchent dans un berceau en poussant des gémissements et se font donner le sein et emmailloter par des femmes. Les dadaïstes sont des poupons semblables, d’un temps nouveau ».

[3] 1932 : Ball est éviscéré en Douala après avoir tenté de convertir des aborigènes microcéphales. 1954 : En Rhodésie du Sud, Huelsenbeck est lapidé par une prostituée dont il aurait tenté d’extirper des mains d’une foule exacerbée en lui criant «que celui ou celle qui n’a jamais pêché lance la première pierre ». 1966 : Hennings, après avoir sermonné violemment un usurier en Ouzbékistan, est destituée de son poste de typographe et meurt d’inanition trente-trois jours plus tard. 1977 : Arp et Taeuber, pendant une lecture de poèmes anti-païens dans un village mongol, sont happés par la foudre. 1982 : Tzara, fier d’avoir dadaïsé la mégère apprivoisée de Péret en lui reprochant son autolyse précoce, trépasse dans les bras de son cerbère.