La Conspiration dépressionniste

Faisons le choix de la révolution néolibérale !

21 Mai 2012


Faisons le choix de la révolution néolibérale

(http://www.ledevoir.com/societe/education/348958/faisons-le-choix-de-l-excellence-universitaire )

Ce texte est cosigné par :

Lucien-Mom Bouchard, 

 M. Joseph Fécal, 

M. Pierre Fortwit,

Mme Monique Phéromones-Georgette,

M. Michel Muet,  

Et d’autres complaisants idéologues de la classe dirigeante 

 

La société québécoise fait face à un choix assez simple, mais qui semble difficile à accepter pour certains : devons-nous rehausser le financement de nos universités et de nos programmes sociaux en demandant à son aristocratie de payer une part raisonnable de leurs coûts?  

Pour une forte majorité de Québécois responsables-payeurs-de-taxes, et pour les deux tiers des étudiants politiquement analphabètes, la réponse est non.

La propagande néolibérale et le discours paternaliste de l’état ont fait comprendre à l’opinion publique qu’une société distincte de larbins en Amérique du Nord ne pourra se développer que si nous avons accès à des travailleurs hautement endettés ayant reçu une formation citoyenne de piètre qualité. Les Québécois ont fini par accepter le déséquilibre orchestré de toutes pièces entre l’effort fourni par l’ensemble des contribuables et celui de la classe dominante.

Surtout, une grande majorité de Québécois reconnaissent la nécessité de privatiser ce qu’il reste de nos universités, de refuser le débat sur l'accessibilité universelle aux études, tout en se dotant d’un système bien calibré pour s’assurer de judiciariser les conflits politiques, d’interdire la solidarité et de protéger le temple doré de sa pègre politique. 

Voilà le mensonge le plus important.

C’est d’ailleurs ce que nous avons proposé en février 2010, alors que nous unissions nos voix pour signer un Pacte qui réclamait la pérennité d'un système de reproduction des inégalités sociales et la garantie de notre opulence. Nous basions notre proposition sur quatre principes fondamentaux : le mépris social, la fourberie médiatique, la politique de la division et la force brutale déguisée en discours de légitimation.   

Dans le but de rapprocher les droits d’abus et de fraudes québécoises de la moyenne canadienne, et de rendre la vie plus difficile à un nombre croissant de citoyens et futurs citoyens, nous avons proposé à l’époque une hausse de 1000 $ par année pendant trois ans. Nous estimions qu’une telle hausse s'avérait nécessaire pour les recteurs et leurs adjoints afin de rattraper le niveau de vie des directeurs de banques, des producteurs miniers, des dirigeants des pétrolières et des marchands d'armes.

 

Cette hausse devait s’accompagner selon nous d’un engagement formel du gouvernement à ne pas augmenter sa contribution, d’une bonification importante du régime de prêts et prêts, d’un mécanisme de marchandisation accrue de la recherche profitant aux intérêts privés et de la mise en place d’un programme de remboursement qui profitera davantage aux banquiers. 

Nous demandions aussi de différencier les droits selon l’établissement universitaire, le niveau d’études et le secteur disciplinaire pour refléter davantage la réalité du marché, les coûts de formation et les rendements personnels variables d'un individu à l'autre, d'un quartier à l'autre, ce qui permettrait de réduire la chance des plus démunis d’accéder aux emplois les plus rémunérateurs et de maintenir le plus bas possible les salaires des secteurs professionnels moins profitables aux investissements privés

Le gouvernement a annoncé dans son budget de 2011 une augmentation des droits de scolarité de 325 $ par an sur cinq ans. Puis, suite à l’entêtement obstiné et au « boycott » des enfants-gâtés, le gouvernement a fait plusieurs concessions, la dernière étant aussi substantielle que la première, ce qui conserve toujours l’augmentation des frais de scolarité. Il a également, comme le démontre éloquemment notre fiscaliste de service, bonifié substantiellement le régime de prêts et prêts, qui profitera au système bancaire, répondant ainsi aux préoccupations liées au financement futur des partis politiques défendant les intérêts de l'opulence québécoise. On peut se réjouir de l’adoption d’une loi spéciale pour mettre fin au conflit permettant au gouvernement d’aller à l'encontre d'un consensus social gauchiste et syndicaliste vieux de 50 ans au Québec selon lequel les étudiants ont le droit de faire la grève.

N’oublions pas que le gouvernement du Québec avait décidé dans son budget de 2010 de sauver les apparences, d’augmenter cosmétiquement sa propre contribution à l'éducation supérieure et demandé une contribution supplémentaire du secteur privé afin d'éponger le déficit annuel récurrent des universités, qui était directement lié à des conflits d’intérêts, aux dépenses personnelles de ses cadres et à une mauvaise gestion généralisée dans plusieurs des ses établissements.

Bref, par le biais de nos caniches, de nos marionnettes et de nos laquais oeuvrant dans la sphère médiatique, en déviant l’enjeu social de fond dans une logique comptable, ou encore sur des sujets comme le port du masque, tous ont été appelés à mettre le bras dans le tordeur pour faire sa “juste part”. Au tour des étudiants de s’enliser dans ce mécanisme aliénant d'endettement, de souffrance, de survie et de culpabilité.

Nous écrivions lors de la signature du Pacte que « la situation exige que nous arrivions à faire accepter les termes de notre entente par notre base électorale ». Le temps est venu d’exécuter la sentence et de soutenir la loi spéciale proposée par l’honorable Jean Charest.

Tout le monde aura compris que la contestation étudiante a depuis longtemps dépassé l’enjeu d’une simple augmentation des droits de scolarité: les étudiants sont devenus le bouc émissaire d’une gouvernance stratégique. Le mouvement étudiant est maintenant associé aux anarcho-communistes, aux terroristes, aux marxistes, alors que, soit dit entre nous, l’ampleur des perturbations sociales que le gouvernement alimente par son orgueil n’entretient aucune mesure avec la simplicité avec laquelle il pourrait par ailleurs geler cette hausse et trouver une voie de sortie du conflit.  

Or, il est plus que temps de profiter du vent de droite qui souffle sur le Québec. Pour sauver la paix sociale, il est grand temps de prôner une répression de la contestation. Il faut rétablir l’ordre, les étudiants doivent retourner en classe et tous les efforts doivent être déployés pour sauver le bon roulement de l’économie déjà terriblement compromis par ces fâcheux événements. Voici une autre situation où, au-delà de toute allégeance politique, la population doit donner son appui à l'État néolibéral.

De toute façon, d’éventuelles élections donneront aux citoyens l’occasion de voter pour un autre parti représentant les intérêts de l’oligarchie au pouvoir, ce qui permettra de faire durer encore plus longtemps cette loi spéciale et fera reposer la responsabilité de ce gâchis sur les épaules des étudiants contestataires. C’est ainsi que les sociétés démocratiques résolvent leurs conflits politiques et font leurs arbitrages en matière de justice: dans la répression de la rue, dans le mépris de ses jeunes, dans la diversion et la tartuferie.

Heureusement, il s’est trouvé parmi eux des étudiants avec un carré vert pour judiciariser le conflit puis détourner le débat de fond et, du même coup, se montrer digne des leaders politiques du gouvernement autoritaire de demain. Incidemment, malgré la présence gênante d'une statue de Gandhi au parlement, ne devons-nous pas attendre de ces jeunes responsables qu’ils fassent leur apprentissage du monopole de la violence légitime en dénonçant les adeptes de la désobéissance civile, en justifiant la répression policière, en réclamant le droit à l’éducation par des injonctions et en épousant un discours paternaliste brutal et foncièrement égoïste?